Au dessous de la vitre fumée, un visage rond et gras
"Vous êtes Mathieu?"
Non.
Deux mètres plus loin les trombes d'eau me lacérant le visage meurtri, déjà, par les grelons insidieux de cette mi-mai dramatique, je rejoins celui qui est censé être l'homme de ma soirée.
Il ne me voit pas au début, et son profil s'indique juste en face de mes yeux soulagés de la lumière blafarde par mon grand chapeau sombre.
Moi non plus, je ne le vois pas.
J'en vois un autre.
Juste pendant une seconde je suis saisie de la plus grande des pétrifications connues a ce jour sous l'ère de la glaciation post-destruction de ma vie.
Les mêmes
Cheveux
Yeux
Coiffure
Teint contrasté avec les cheveux
Je rentre sous les trombes chevrottante, la voix éraillée par l'émotion du doute traversant, traversin des songes éveillés -pauvre gourde
Et en pénétrant, je me raidis de plus belle
Ses habits.
Je n'en peux plus tellement.
Et j'affiche un sourire digne d'un commercial confirmé:
"Bonsoir Mathieu, vous avez survécu?"
*
* *
Toute cette soirée passée avec un fantôme.
Je ne sais si l'avais pressentie, avant. En cette journée. Cette longue attente du passage de la parenthèse de trêve; j'avais devant les yeux ce long filament qui me relie inlassablement a une
mélancolie qui ne doit pas être le jour; la concentration serait impossible.
Je n'ai d'ailleurs plus pu me taire.
J'ai saisie et lui ai écrit; pour lui dire; combien je lui en voulais mais sans vraiment le formuler contre; la réponse était désuète, et l'absence de la suite révélatrice d'enfin, la
compréhension de la plus grande bêtise de ce qui aurait du être notre existence.
Je lui en veux tellement. Sa voix m'ayant guidée pendant des mois, l'intonation de cette fin d'année m'a convaincue- Polémarque, tu m'as eue.
Je la veux tellement. Je l'aurais tellement voulu. Je m'en veux tellement que j'en crève de ne pouvoir acherver quelque chose car finalement rien n'est en cours. Rien, le néant total dans ce qui
aurait du être un "commun".
J'aurais du continuer et croire, perseverer et ne jamais demander, refuser de décroitre et apaiser mes doutes.
Les
choix que je réalise au sein de cette vie sont sans cesse révélateurs d'une erreur potentiellement fatale.
Mais ma conviction évidence anihile les futurs prévisibles, et je
sais m'en tenir a la restriction normale de celle qui a perdu sa seule possiblité d'échapper au
blasphème injurieux de la non-reconnaissance.